Les maraudes numériques

À l’horizon du tout numérique d’ici 2022, un grand nombre de personnes se trouvent éloignées du numérique (13 millions). La dématérialisation des démarches administratives et la place croissante du numérique dans la société viennent notamment transformer les pratiques et missions des maraudes qui font face à l’évolution des besoins des personnes à la rue. Bien que se trouvant dans une situation d’extrême précarité, les personnes sans-abri ne sont pas pour autant déconnectées du numérique.

L’étude de Solinum1 constate que 91 % des personnes interrogées possèdent un téléphone mobile et 71 % un smartphone. Mais si les taux d’équipement sont élevés, des disparités d’accès et d’usages du numérique s’observent. L’étude montre notamment que plus de la moitié des personnes sans abri ne font jamais leurs démarches administratives en ligne (62%) et que des problématiques inhérentes à leurs conditions de vie viennent compliquer leur accès au numérique. Ces problématiques ont été observées par l’étude nationale Maraudes FAS/FNSS2, avec 48% des ménages rencontrés ayant un téléphone portable qui expriment des difficultés d’usage dont la recharge du téléphone (pour 32%) et l’obtention d’une connexion ou d’un crédit téléphonique (pour 21%). De plus, dans cette enquête, le nombre de ménages qui ne sont pas encore équipés de téléphone s’élève à 30%. Ces freins influent sur leur accès aux droits, aux aides sociales ou à une couverture de santé par exemple. Les formes que revêt la fracture numérique pour ces personnes ont ainsi un impact très fort sur leur possibilité de sortir durablement de la rue.

Afin de répondre globalement aux besoins des personnes à la rue le projet est pensé pour
s’intégrer aux maraudes existantes qui disposent de moyens matériels pour aller vers les personnes
sans-abri et de la connaissance du terrain. En appui à cet existant, le projet permettra :


1/ D’équiper les maraudes en matériel numérique :

  • Les équipes de maraudeurs seront dotés de tablettes avec forfaits 4G. Une recherche de partenariat pour des outils reconditionnés sera privilégiée.
  • Des bornes et des casiers de recharges pour téléphone portable seront mis à la disposition des personnes sans-abri.

2/ De mener un travail de médiation numérique dans le secteur de la veille sociale par :

  • La formation des maraudeurs (professionnels comme bénévoles) à la médiation numérique : pour ce faire, nous mobiliserons des acteurs spécialisés dans la médiation numérique dont la Fédération est partenaire.
  • Et/ou l’engagement de médiateurs numériques qui accompagneront les maraudes : dans certains territoires, les maraudes sont constituées de peu d’effectifs ce qui complique la capacité de réponse aux besoins des personnes. Inclure une personne (volontaire en service civique) dans l’équipe est une plus-value.

En apportant une offre numérique, les maraudes peuvent créer de nouveaux liens avec des personnes qui, par leur épuisement, ne cherchent plus d’aide, ne fréquentent plus les accueils de jour et se sont repliées sur elles-mêmes. L’accès aux équipements et à un accompagnement numérique peuvent alors constituer un nouveau point de contact pour favoriser leur accès aux droits et leur insertion sociale. Le projet s’inscrira donc en complémentarité des accueils de jour en proposant un accompagnement par les maraudes, constituées d’intervenant.e.s sociaux.les, d’éducateur.trice.s spécialisé.e.s. Une des évolutions du projet serait d’accompagner les accueils de jour afin de nouer un partenariat renforcé entre ces deux acteurs. Afin de prendre en compte les réalités des différentes maraudes, la dimension territoriale est incorporée dans le projet. En effet, les maraudes numériques seront déployables en milieux urbains et ruraux. L’implication dans ce projet d’associations présentes dans les territoires ultra-marins sera également recherchée.